J’ai eu la chance de participer hier à la première réunion du Think Tank Datavis organisée par Philippe Nieuwbourg. Je voulais partager dans cet article les réflexions qu’elle m’a inspirées.
Pour les éditeurs de logiciels professionnels, l’ergonomie est devenue comme le bon sens de Descartes : la chose au monde la mieux partagée. On trouve beaucoup d’éditeurs qui vendent de simples tables comme « très ergonomiques ».
Pourtant, plusieurs développements devraient nous encourager à réfléchir plus sérieusement à la visualisation des données dans les logiciels professionnels.
- L’avènement du SaaS. Les logiciels professionnels en ligne se trouvant dans le navigateur, leur ergonomie est inévitablement comparée à celle de leurs « voisins d’onglet ». Or les services Web 2.0 les plus populaires (ex. Facebook, LinkedIn, Twitter) organisent l’information avec beaucoup de clarté.
- La généralisation de technologies permettant d’enrichir les interfaces Web : Flex d’Adobe, bibliothèques JavaScript, HTML5, Silverlight de Microsoft…
- La multiplication des données analysables, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise.
- La multiplication de la puissance de calcul disponible pour ces analyses, grâce au calcul parallèle et par GPU.
Beaucoup de possibilités donc, au risque majeur pour les éditeurs qui les utiliseraient sans discernement de saturer les utilisateurs. Certes, les éditeurs doivent familiariser ces derniers avec les nouveaux modes de visualisation des données. Mais pendant ce temps d’apprentissage, ils doivent aussi « ramener le bacon à la maison »…
C’est dans ce contexte que je voulais présenter les deux concepts et l’impératif que Nimble Apps utilise pour discipliner son travail sur la visualisation des données dans SalesClic.
Deux concepts
Le premier concept que nous utilisons est celui de « modèle mental ». Il est très bien expliqué par Apple dans ses Human Interface Guidelines :
« Users delight in applications that seem to understand them, anticipating their needs and providing them with powerful, intuitive and streamlined solutions. The best way to follow this guideline is to keep the user’s mental model firmly in mind as you design your application. Briefly, you should discover your users’ workflow, expectations, and real-world experiences and mirror them in your application’s terminology, window layout, menu organization and hierarchy, and toolbar contents. »
Nous en tirons deux enseignements notables :
- Un éditeur doit reproduire (visuellement !) dans les interfaces de son logiciel le workflow de l’utilisateur.
- Il est vain de vouloir imposer à l’utilisateur une représentation de la réalité dont il n’a pas l’habitude.
Le second concept est celui de « jouabilité », bien connu des game designers mais souvent mal compris. « Jouable » ne signifie pas « joli » ou « amusant ». Par exemple, il ne suffit pas de placer un trombone parlant au coin d’une interface pour la rendre jouable. La jouabilité d’un logiciel suppose la convergence de quatre éléments :
- La mécanique du logiciel (les règles du jeu).
- L’histoire qu’il raconte (scénarisation, parcours utilisateur).
- Son design.
- Sa technologie (qui doit soutenir et renforcer les trois éléments précédents).
Réunir ces quatre éléments, c’est beaucoup de travail…
Un impératif
L’impératif que nous utilisons est bien sûr l’impératif de simplicité. Comme l’écrit Microsoft dans son UX Guide :
« The ultimate measure of power is productivity, not the number of features ».
Il est tentant pour un éditeur (jeune en particulier) de « montrer ses biceps » – d’afficher la sophistication de son traitement des données collectées. C’est une erreur : il faut cacher la complexité pour gagner la confiance des utilisateurs.
Un rappel important pour finir
Pour conclure, je voudrais noter que la saisie des données peut être aussi cruciale que leur visualisation. C’est le cas dans notre domaine – le suivi, l’analyse et la prévision des ventes B2B. Nous ne recevons pas les données que nous manipulons par milliers depuis des systèmes internes ou externes à l’entreprise : elles proviennent des commerciaux qui les saisissent à la main. Faciliter cette saisie jusqu’à la rendre indolore est un énorme enjeu.
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